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A&B Infos 205 | Avril 2021rétroRécit - Les cars CitroënUn car, un transporteurAutocar Citroën C6 de 1931, un 6 cylindres essence de 22 places.Dès 1930, Citroën lance avec succès un camion rapide et léger de 1 800 kg de charge utile. En utilisant le châssis de ce camion avec une voie élargie, les usines du quai de Javel vont construire en série un autocar dont la venue peut être considérée comme un des grands événements de l'histoire du transport routier.C'est un véhicule de moyenne capacité (22 places seulement) animé par le moteur à essence 6 cylindres équipant déjà la voiture modèle C6 F de la marque, doté de freins à câbles, au confort relatif et dont la vitesse plafonne aux alentours de 70 km/h. La grande nouveauté - et elle est d'importance - porte sur la carrosserie où, pour la première fois, on a eu recours à une fabrication « tout acier » qui était alors la spécialité de Citroën licencié pour cette technique de l'Américain Budd. La silhouette de ce car avec son radiateur et son capot moteur de voiture de tourisme, sa galerie pour accueillir les bagages sur le toit, sa roue de secours fixée à l'arrière, son pare-brise ouvrant et sa couleur havane avec une bande orange va rapidement devenir familière aux Français.La « SA Transports Citroën »Sa diffusion sur toute l'étendue du territoire va être, en effet, en grande partie assurée par une filiale de Citroën, la « Société anonyme des Transports Citroën », créée en novembre 1931, à l'origine du plus vaste réseau de transport routier de voyageurs qui ait existé dans notre pays. Cette société s'implantera d'abord dans la région lyonnaise puis autour de Paris, de Nantes et de Strasbourg avant de s'établir à Bordeaux, Lille, Angers et Mulhouse. En même temps, dans les autres régions s'organiseront des réseaux gérés par des entreprises filiales ou « correspondantes » utilisant exclusivement du matériel Citroën (Car Ricou à Grenoble, Rapides de Champagne à Reims, Compagnie Normande d'Autobus à Rouen, etc.).Développement rapideL'entreprise publique va connaître un développement particulièrement rapide puisque, dès juin 1933, le réseau Citroën dessert 126 lignes, totalisant 9 800 km. Les cars parcourent chaque jour 130 000 km et transportent 36 000 voyageurs.On dénombrait 100 départs par jour, dans chaque sens, entre Marseille et Aix-en-Provence, 54 entre Marseille et Toulon tandis qu'au départ d'Avignon 13 lignes desservaient la Provence du Nord.Entre Lyon et Vienne, on enregistrait, entre 6h et 19h30, un départ toutes les 30 min dans les deux sens.Déjà des ligneslongues distancesCitroën va s'attaquer aux grands itinéraires à forte fréquentation où la clientèle sera attirée par des prix de voyage sensiblement inférieurs à ceux des compagnies ferroviaires et par des horaires attractifs (notamment pour les lignes les plus chargées, adoption d'un horaire cadencé avec, par exemple, un départ toutes les trente minutes à l'heure et à la demie).Les arrêts, mentionnés par un panonceau ovale « Arrêt des autobus » aux couleurs marron, rouge et jaune crème qui deviendra vite célèbre, se trouvaient dans les auberges choisies le long du parcours. A Paris, au début, les départs ont lieu place de la Concorde où stationne à longueur de journée un car utilisé pour la vente des billets. Par la suite, en raison de l'encombrement croissant des artères parisiennes et de l'action de l'administration qui entend réagir contre l'accaparement de l'espace de la place de la Concorde par des autocars de lignes régulières, les départs seront reportés, selon les destinations, porte Maillot, place Denfert-Rochereau ou rotonde de la Villette. Les cars ne s'arrêtent qu'aux points d'arrêts prévus. Cependant, pour la descente des voyageurs, les conducteurs sont tenus, en dehors des agglomérations, de s'arrêter à la demande.En vue de simplifier le travail des conducteurs, qui doivent également encaisser le prix du transport des voyageurs montant en cours de route, on a prévu 2 catégories de tickets, l'une à 10 F, l'autre à 1 F, ce qui fait , par exemple, que pour un trajet tarifé 12 F, le chauffeur délivrera un ticket à 10 F et 2 tickets à 1 F. Il faut préciser que Citroën a arrondi ses tarifs au franc alors que le chemin de fer en est encore à calculer en centimes. Le personnel de conduite, sévèrement sélectionné, revêtait un uniforme (casquette et blouse). Il se trouvait relativement privilégié avec un salaire variant de 45 à 55 F/ jour selon l'ancienneté avec 15 F de frais de déplacement alors que dans la profession, à l'époque, la moyenne des salaires s'établissait aux environs de 35 F avec seulement 12 F de prime.Naissancedes Transports RenaultLe succès de Citroën conduira Renault, son éternel concurrent, à créer sa propre compagnie. Les « Transports Renault » s'implanteront surtout dans la région parisienne avec des autocars de 32 places, 6 cylindres diesel, à la carrosserie bleue avec bande jaune. Leurs lignes desservant l'ouest parisien ont pour origine une gare aménagée dans le sous-sol des Galeries Lafayette !Le car Citroën C6 sera bientôt relayé par divers autres types, dont le « 45 » équipé d'un moteur toujours à essence mais spécialement conçu pour le car et non plus prévu à l'origine pour une voiture de tourisme.C'est un « 45 » qui, début 1934, avant même sa fabrication en série, sera engagé dans le 13e Rallye de Monte-Carlo piloté par Lecot. Ayant comme passagers des anciens de la « Croisière Jaune », il accomplira une remarquable performance en franchissant « 2 456 km en 59 heures 30, arrêts compris ».Après le dépôt de bilan de Citroën, en décembre 1934, et sa reprise par Michelin, la société de Transports Citroën est réduite à 13 réseaux, dont celui de Paris.Ceux de province créés avec des partenaires, ont été vendus, comme celui du Sud-Ouest racheté par Citram.Opération efficaceIl n'est pas du tout sûr que la construction d'autocars ait été une source de profit pour Citroën. Ce fut en tout cas, pour la marque, une très efficace opération publicitaire qui bénéficia également à la cause du transport routier. Autocar Citroën C6 de 1931 : le ravitaillement en essence.Autocar Citroën type 45 du Rallye de Monte-Carlo de 1934. Ci-dessous, horaire et durée du trajet Lyon-Vienne par Saint-Symphorien.Le concurrent Renault de 1933 en 32 places.