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N°192 - Novembre 2019 N°192 - Novembre 2019 Récit Rétro L'Isobloc Transcar Une réalisation prestigieuse 44 45 Long de 11,90 m, haut de 3,65 m, l'Isobloc 656DH Transcar Panoramique est l'autocar de tous les superlatifs. Le 12 mars 1938, la présentation de l'Isobloc, premier autocar européen sans châssis et à moteur arrière, est une révolution. Joseph Besset, carrossier à Annonay, en a ramené la recette d'Amérique où le modèle Gar Wood suscite l'engouement par sa légèreté, son confort, son aérodynamisme et sa vitesse. Le premier Isobloc, le W538, compte 29 places. Il ne pèse pas plus lourd à pleine charge qu'un autocar classique de même capacité à vide. Dans le monde du transport où le poids mort est une hantise, l'argument aurait dû faire mouche. Mais les transporteurs sont des gens prudents, voire méfiants. Entre le salon de Paris d'octobre 1938 et la déclaration de la guerre, une année, seulement 92 Isobloc sont livrés. Après-guerre, le modèle évoluera jusqu'au 655DH de 10,95 m et 44 places, présenté en mars 1955, deux ans avant que la marque ne soit absorbée par LRS-Saviem. La Société générale des transports départementaux, née en 1919, est la première entreprise française de transports routiers de voyageurs. Elle est présente dans 30 départements avec 1 200 autocars, sélectionnés après-guerre principalement chez Renault et chez Chausson. La marque Transcar dédiée aux services touristiques, apparaît en 1952 sur deux véhicules de prestige, non pas des Isobloc, la SGTD en a juste quelques-uns aux Courriers du Midi, mais des robustes et puissants châssis de camions Somua JL17 savamment carrossés à l'identique l'un par Amiot, l'autre par Currus, et déjà surélevés à l'arrière au profit du volume de la soute à bagages. Un sensationnel outil de promotion La mise en service en 1954 par l'américain Greyhound du Scenicruiser, fait le tour du monde. Non pas qu'il soit une prouesse technique, mais surtout pour son look fascinant qui, à lui seul, sert la promotion du voyage en autocar. C'est exactement l'argument qui inspire au nouveau PDG de la SGTD, Jean Richard-Deshais, l'étude d'un autocar sensationnel. Il en veut un seul, comme vitrine. Progrès oblige, il lui faut le moteur à l'arrière. La commande revient donc au seul constructeur français proposant cette disposition, Isobloc. Le cahier des charges se résume à s'approcher du concept du Scenicruiser, avec une partie avant conventionnelle, suivie d'un corps surélevé à la fois pour procurer aux voyageurs une vision panoramique exceptionnelle et aussi une soute suffisante pour tous les bagages pour un périple d'une semaine ou plus. A l'arrière, comme dans les avions, on trouvera le poste de l'hôtesse, un vestiaire et un cabinet de toilettes. La capacité est de seulement 30 places, mais quelles places ! Les fauteuils, de fabrication Belle-Clot, sont inclinables, comportent dans l'appui-tête deux haut-parleurs individuels et un repose-pied réglable. La définition de l'autocar est finalisée en janvier 1956. On aurait pu s'attendre à une transformation du 655 DH, qui ne mesure que 10,90 m. Non seulement la longueur est portée à 11,90 m, exceptionnelle à l'époque, mais l'esthétique, signée Lucien Di Rosa et Albert Bayon, est totalement originale, sans emprunter quoi que ce soit aux Isobloc de série. Le moteur est le même Hispano-Suiza HS102V, que dans le 655DH, un 6-cylindres 108 x 127 de 6,98 l dont la puissance de 150 ch est portée à 165 ch grâce à un surpresseur, suivi d'une boîte pré-sélective Wilson à 4 rapports. L'autocar est mis en service le 26 avril 1956. Le 9 mai, il arrive à Nice pour la 9e Semaine du car au terme d'un rallye touristique qui lui vaut le Grand prix du Président de la République, consécration suprême. Il remporte la 2e place au concours de maniabilité, aussi la 2e place, derrière le même Büssing-Jonckheere, aux épreuves de puissance, accélération et freinage. Après Nice, le Transcar se rend à une manifestation similaire à Montreux, puis entame un long voyage avec étape à Barcelone, poursuit ensuite son tour de l'Espagne, puis le Portugal et retour à Paris. Soit 30 000 km en à peine plus de deux mois. Normalement basé à Caen aux Courriers Normands, on le voit beaucoup à Paris. Il est très prisé pour les tournées européennes de la Comédie Française et figure même en photo dans le programme de la saison 1958-1959. Il a été remplacé dans son rôle de véhicule de prestige Transcar par un Chausson AN spécial réalisé par Gangloff en 1959. Votre serviteur se souvient l'avoir encore vu rue de Rivoli dans les années 1963-1964. Il était prévu à l'origine de pouvoir augmenter le nombre de sièges, montés sur rail de façon à être resserrés, mais nous n'avons à ce jour aucune trace de quand il a été réformé. Benoit GRUHIER Non seulement les surfaces vitrées sont généreusement dimensionnées, mais les passagers bénéficient en plus d'une visibilité vers l'avant grâce au plancher incliné. Photos Gruhier Récit - L'Isobloc Transcar Photos Gruhier