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N°183 - Novembre 2018N°183 - Novembre 2018RétroRétroRécitRécitLe Renault Tracer4544Le car tel que les clients l'ont vouluPas de vitres collées, une allure de baroudeur, le Tracerne joue pas sur son esthétique pour se vendre.Les clients veulent du costaud et du « passe-partout ».Quand on aime un produit, on voudrait le voir éternellement en rayon. Quarante ans après le lancement du Renault R4190, son descendant S53 est si apprécié, que les plus gros transporteurs n'imaginent pas confier à leurs chauffeurs un autocar différent.Ultime évolution, le S53RX poursuit une réputation de l'autocar le plus économique, le plus fiable et le plus facile à conduire. A quoi bon changer ? C'est son moteur Man D046HM42U qui va sonner le glas du vieux soldat. Les SC10, S53RX et S105 sont les derniers à être animés par cet antique moteur Man 6-cylindres horizontal de 7,26 l. D'une part, il ne satisfera pas aux normes Euro, d'autre part, Renault Véhicules Industriels (RVI) veut cesser d'acheter des moteurs à la concurrence. Après le FR1 sorti en 1983, le bureau d'études d'Annonay, sous l'autorité d'Alfred Engel, a en charge l'autobus futur et un nouveau car de ligne.En toute logique, le nouveau véhicule devait voir son moteur positionné à l'arrière. Mais il est impensable de développer un nouveau produit, sans l'avis des plus gros donneurs d'ordres. Après tant d'années de quiétude avec le S53, l'annonce de son remplacement suscite l'inquiétude. Un car plus cher à moteur arrière ? Pas question ! « Faites-le nous le plus rustique possible et avec un moteur sous plancher que le chauffeur entende bien ! ». Voilà pour le cahier des charges ! A ce stade, on observe que l'un des autocars les plus vendus dans le monde, le Volvo B10M, a aussi son moteur couché dans l'empattement. La formule n'est donc pas obsolète.Un Renault pur jusOn opte pour le châssis à longerons, lequel demande moins d'heures de soudures qu'un treillis. Mais de moteur horizontal, il n'y en a plus chez RVI. Lorsque Berliet sort en 1973 son moteur de nouvelle génération, c'est l'arrêt des cars et bus PH. Il n'est donc pas envisagé de variante horizontale. Plus de dix ans après, il faut réapprendre la recette d'une lubrification maîtrisée. Il convient de faire mieux que les anciens moteurs Berliet MH, gros consommateurs d'huile. Cela va prendre plus de temps que prévu. Le nouveau moteur est une variante horizontale du MIDR 06.20.45 animant le FR1. Le radiateur est disposé non pas à l'avant du châssis, mais à gauche du conducteur, en conséquence, très haut placé. L'espace libéré à l'avant aurait convenu à la roue de secours, elle sera à l'arrière gauche .Pour la carrosserie, il est décidé de recourir à des éléments communs aux autres modèles. Le pare-brise et le pavillon sont empruntés à l'urbain R312 et les portillons de soutes au FR1. Le châssis est dessiné avec un empattement de 6 120 mm, le moteur étant positionné au milieu, mais au maximum à droite, de façon à ce que tout le côté gauche soit disponible pour des soutes. Côté droit, il reste suffisamment d'espace entre moteur et roues arrière pour l'emmarchement d'une porte centrale et autant entre moteur et roues avant pour un compartiment de soute. Il n'y a plus de choix pour la deuxième porte, elle est uniquement centrale. Beaucoup mieuxque le S53Un prototype est dévoilé sur l'Esplanade des Invalides le 12 février 1991 lors des Journées FNTR voyageurs, alors que le premier de série entrera en fabrication 8 jours plus tard. Mais il faudra attendre le 19 juin pour assister, à Pantin, à la présentation officielle du nouveau véhicule auquel a été trouvé un autre nom que R332 : le Tracer. Comme prévu, il mesure 12 m et offre une capacité de 57 places avec 6 m3 de soutes. Il est assez haut, 3,32 m, son plancher étant à 995 mm du sol. Son moteur MIHR 06.20.45 A/3 de 9,84 l et 253 ch est suivi de la boîte G406-1T à six rapports et soit du pont PX1140 (Tracer R332A1) vitesse 119 km/h, soit le PX1141 (Tracer R332A3) vitesse 105 km/h. La suspension est pneumatique sur les deux essieux. Le Tracer a gagné sur le S53, 8 places assises, 2,3 m3 de soutes, 93 ch, un antiblocage ABS, des roues motrices jumelées pour seulement 700 kg de plus à vide. La présentation est suivie de 250 commandes fermes sur les six derniers mois de 1991, avec les premières livraisons à temps pour la rentrée de septembre. Un an après la présentation de juin 1991, 333 Tracer sont déjà sortis. Les grands groupes s'abonnent au Tracer. Verney pour ne citer que lui, en achètera 360, livrés entre septembre 1991 et septembre 2001. L'armée n'est pas en reste avec une commande de 400 dès le lancement, renouvelée pour approcher le triple en quantité, près d'un Tracer sur quatre. Comme les S45, les Tracer militaires peuvent être convertis en ambulances après suppression de sièges.Un vent d'Est fatalUne première évolution survient en 1992 avec en option, les portes louvoyantes d'une seule pièce. Le 1 000e Tracer est livré à Verney en septembre 1993 en même temps que le dernier S53RX l'est à la STAHV d'Epinal, clôturant une production toutes versions confondues, de 38 000 unités en 45 ans. À partir de 1994 arrive sur le marché un nouveau choix d'autocars scolaires « low-cost ». Pour rester dans la course, RVI présente en 1995 un Tracer dépouillé et 20 % moins cher, le Liberto. La même année apparaît une version autobus à large porte centrale ainsi qu'une version spéciale baptisée S235 avec moteur réglé à  222 kW ou 250 kW soit 300 ou 340 ch, pour l'exportation.Mais depuis 1993, RVI a pris le contrôle du Tchèque Karosa, chez qui on adapte le moteur du Tracer à l'arrière d'un autocar qui va faire fureur sur le marché français, le Récréo. Tué sur le marché scolaire, le Tracer l'est aussi par le haut quand RVI lance l'Ares, une nouvelle carrosserie sur châssis FR1, en 1998. Ainsi, ceux qui tenaient à un car à moteur central, s'accommodent sans broncher de nouveaux modèles tous à moteur arrière. Le Tracer, cher à fabriquer à Annonay, est remplacé par un Récréo amélioré, l'Axer. Le dernier Tracer, portant le numéro 5435, est livré à Marne & Morin en avril 2002.Benoit GRUHIERLe châssis est bien pensé avec un moteur puissant qui a réussi à se faire tout petit. Par contre, celui qui a eu l'idée de mettre le radiateur à gauche du conducteur et la roue de secours à l'arrière nous doit des explications...L'air entré devant ressort côté gauche après avoir refroidi le radiateur. Avec la dépression à cet endroit, c'est efficace.Le tableau de bord est irréprochable et la position haute permet au conducteur de surveiller les têtes blondes dont il a la responsabilité !La face arrière est comme le reste, fonctionnelle, avec un hayon géant pour accéder à la soute arrière.Photos archives GruhierL'armée française est le client numéro 1 du Tracer, avec près du quart produit à son service.  En général, ce sont des Tracer A3 à couple court.Comme les S45, les Tracer militaires doivent pouvoir être transformés en ambulances en cas de conflit, soit partiellement comme ici, soit totalement remplis de brancards.Avec des portes mono louvoyantes, le Tracer fait « plus chic » et convient pour de l'excursion et les déplacements sportifs.Photos GruhierEn enlevant les portes bagages au-dessus des sièges et une ou deux bricoles, RVI est parvenu à faire du Liberto un car scolaire vendu 20 % moins cher que le Tracer.Le S53 avait une variante périurbaine, le S105. Il en est de même avec le Tracer, doté d'une large porte centrale et d'un aménagement adapté.