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N°189 - Juin/Juillet 2019ReportageProfessionLe Liban en autocar4647Lente reprise...Après des années de conflits, le secteur du tourisme au pays des cèdres reprend lentement des couleurs.Le car y contribue mais est concurrencé parla voiture, mode de transport privilégié au Liban.Photos GilbertEn partant de Paris, il faut compter 4 heures de vol environ pour atteindre Beyrouth, capitale du Liban. La ville, dont on ne compte plus les nouveaux gratte-ciels, est située en bord de mer. Elle est bien différente aujourd'hui de ce que l'on nous a montré pendant toutes ces années au journal télévisé... C'est une ville moderne traversée par une autoroute (la Jounieh highway), mais bondée jour et nuit.Pour visiter ce pays de seulement 10 452 km2 (cinquante fois plus petit que la France), notamment en groupe, nous avons choisi le car. Avec le taxi, c'est le mode de transport idéal pour les touristes. Le guide, Elie, qui accompagne généralement des Américains, met tout son cœur pour parler correctement le français.Tourismo Euro 3Nous sommes à bord d'un Mercedes-Benz Tourismo de 2006, répondant à la norme antipollution Euro 3, et fabriqué en Turquie. On croise le même modèle, des plus récents au plus anciens, ou bien des cars chinois carrossés en Syrie. Tony, le conducteur, chouchoute son car qui affiche presque 800 000 km. Lorsqu'on lui dit qu'il a sans doute appartenu à un transporteur français (les vitres passagers portent le logo « Bouclez votre ceinture ») il ne nous croit pas. Il est persuadé qu'il vient d'Allemagne où il a été fabriqué ! Pour lui, ce qui compte, c'est qu'il est simple à tous points de vue : « Mon patron vient de prendre livraison d'un Tourismo de 2012, il y a trop d'électronique, bientôt, le conducteur sera commandé par la machine ! ».Routes de montagneAujourd'hui, direction la forêt des cèdres, sur le Mont-Liban. L'arbre est un emblème national. On le retrouve notamment sur le drapeau du pays. Et d'ailleurs « Liban » veut dire « blanc » ou « lait » en référence au manteau neigeux qui recouvre les montagnes visibles depuis la capitale. Le cèdre au Mont-Liban (à 1 500 m), c'est le dernier vestige de « l'arbre des arbres » qui, à l'époque, recouvrait le Liban, il a disparu petit à petit. On l'a utilisé pour fabriquer moult embarcations. Ce n'est plus qu'une petite forêt entourée par un mur symbolique pour les protéger. Certains arbres sont atteints par une maladie.Pour s'y rendre, il faut emprunter de petites routes. Notre Mercedes-Benz O350, équipé du 12 l de 420 ch (Euro 3), avec boîte manuelle (levier de vitesses au plancher) grimpe et descend sans arrêt, puis attaque des montées en virage à cause des nombreux vallons. Tony connaît la route par cœur. Déjà la montagne, recouverte des dernières neiges du printemps, apparaît.Garé près d'une caserne de chasseurs-alpin de l'armée libanaise où trône une vieille chenillette, Tony nous dépose et en profite pour faire une sieste sur un matelas posé dans un compartiment à bagages. Le soir, tard, il n'est pas rare que son patron lui demande des « transferts » aéroports-hôtels.Lorsqu'il y a des bouchons, comme à chaque fois avec des étrangers, Tony et Elie détendent l'atmosphère. L'un prend le micro et imite l'autre dans la langue de Molière !Pour nous rendre dans un autre des nombreux sites historiques, cette fois les fameuses grottes de Jeïta, à 18 km au Nord de Beyrouth, il faut aussi emprunter des routes de montagne. Tony doit manœuvrer habilement pour ne pas rayer son car. La route est si étroite qu'il faut s'arrêter pour laisser passer un camion ou un autre car de tourisme. Le parking, enfin, avec de nombreux touristes comme nous.Datant de la préhistoire, les grottes ont été découvertes en 1836 par un missionnaire américain qui s'est aventuré dans ce dédale de cavernes dont l'une est traversée par un torrent que l'on peut visiter grâce à des bateaux plats équipés de moteurs électriques. Stalagmites et stalactites sont visibles partout.Byblos, Baalbek, Sidon et TyrSans doute l'autre intérêt du Liban, ce sont ses innombrables vestiges qui remontent à l'époque phénicienne, celles des Perses, des Grecs... A cause des embouteillages, nous mettrons plusieurs heures pour atteindre l'ancienne ville de Byblos qui est encore bordée de colonnes... Baalbek, l'ancienne Hélioppolis des Romains, est incontournable, tout comme le château des Croisés en mer à Sidon (Saïda), situé au Sud Liban.Ce fut d'ailleurs la partie la plus difficile du voyage pour Tony ce jour-là, car nous sommes forcés de ralentir à l'approche des nombreux « check-points ». Ici, les militaires sont en tenue, casqués et armés, prêts à faire face à une attaque éventuelle. Tourelles de chars visibles, on ne rigole pas... Le Sud-Liban a une longue frontière avec Israël, qui est parfois le théâtre d'affrontements. Cette région est par ailleurs occupée par de nombreux réfugiés palestiniens.Sur le bord de la route, on croise beaucoup de petites estafettes et des vendeurs ambulants. Chauffeurs routiers ou automobilistes se garent sur le côté sans se soucier de leur sécurité.Pour leurs trajets domicile-travail, les Libanais et surtout les classes aisées de Beyrouth privilégient la voiture. « Vous savez, ici, on a une auto pour visiter des amis, une autre pour la maison de campagne, et au moins deux autres en ville, sans compter d'autres si on a des grands enfants », explique Elie devant nos remarques sur les embouteillages.C'est aussi le pays de l'insouciance. Exemple, ce pharmacien, pensant bien faire, gare son véhicule sur une rue bordée de parapets. Il ne s'interroge pas sur la possibilité de bloquer, disons, un camion ou un car de 2,55 m de large ! Sur la route, c'est chacun pour soi. « C'est dans les gênes. Et c'est tout simplement parce qu'il y a eu une longue période ou il n'y avait pas d'inspection du permis de conduire au Liban, pendant les années de guerre on achetait son permis ! » précise Tony. Parfois il faut attendre de longues minutes avant que la police n'intervienne pour trouver les conducteurs « fautifs ». A Baalbek, un gros 4x4 garé au milieu de la voie (on apprendra par les passants qu'il a sans doute été volé puis abandonné) a forcé Tony a emprunter la voie opposée, mais sous escorte policière !Plus étonnant est l'absence d'autobus dans le paysage. Il n'y en a aucun. Pour assurer les « lignes » de petits cars, souvent des Mitsubishi Fuso Rosa de 22 ou 25 places et, aussi, des Toyota Coaster ou encore Otokar Navigo. Plus nombreux, les Mitsubishi sont longs de 7,70 m et dotés du moteur Fuso 4-cylindres de 4,9 l de 150 ch. Les cars s'arrêtent au bord de l'autoroute ou à un carrefour, l'heure de passage est connue des voyageurs. Plusieurs études préconisent la mise en place d'un vrai réseau urbain, mais il tarde à venir. En attendant, les concessionnaires d'autos neuves et, plus nombreux, de voitures et de véhicules d'occasion se frottent les mains.Nombreux accidentsLa sécurité routière est problématique et plus d'une fois, on a failli avoir des collisions, notamment ce camion-benne filant à toute allure sur la route de Beyrouth-Damas qui a doublé Tony qui ne s'y attendait pas. Les limitations de vitesse étant inexistantes, sauf à l'approche des villes ou dans des zones véritablement dangereuses, les conducteurs roulent pied au plancher.Le nombre d'autoroutes étant limitées (la principale est celle du bord de mer qui traverse le pays du Nord au Sud), le trafic se déporte sur les routes secondaires où les accidents sont nombreux : le nombre de morts dans des accidents de la route (1 000 par an) est 4 fois plus élevé que la moyenne européenne en rapport au nombre d'habitants. Les infractions sont légion : non-port de la ceinture (y compris pour les enfants ou les passagers), conduite avec un téléphone portable, non-respect des limitations de vitesse, aucune priorité à droite (c'est à celui qui passe le plus rapidement...).Les panneaux de circulation sont rares (y compris ceux des directions), les feux également, lors de la reconstruction, le gouvernement a favorisé l'aménagement de ronds-points... Pour les conducteurs, le Liban par la route, c'est que du bonheur : s'il faut changer un pneu, il y a des petits ateliers partout (sans compter de nombreuses stations-service - le litre de gazole affiche 0,55 ? et l'essence 0,80 ?), alors pourquoi vouloir des cars et des bus ? La voiture est définitivement reine.François GILBERTN°189 - Juin/Juillet 2019Reportage - Le Liban en autocarPhotos GilbertN°189 - Juin/Juillet 2019