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N°182 - Octobre 2018 N°182 - Octobre 2018 Rétro Rétro Prise en main Prise en main Saviem S53M Luxe 58 59 Quelles sensations ! Les cars Saviem S45 et S53 et leur variante urbaine S105 seront fabriqués de 1964 à 1993, soit près de 30 ans ! Le type que nous avons pu tester est un S53M de 1975 à moteur Man de 170 ch (d'où le M de son appellation) en version Luxe, équipé de 45 sièges Chardon. Autocar et Bus Infos rêvait de pouvoir tester, un jour, un car historique sur un itinéraire de plusieurs kilomètres. La revue le fait avec des autocars et des autobus d'aujourd'hui, pourquoi pas avec des anciens ? Nicolas Tellier, passionné de véhicules anciens, et propriétaire de deux autocars dont ce S53M datant de fin 1975, a accepté de relever le défi... Et nous le remercions. C'est donc le premier car ancien testé et présenté tout comme un moderne que nous vous présentons dans cette rubrique Rétro, en espérant qu'il y en aura d'autres... Le S53 est un car « moderne » au milieu des années 70 et il représente un avantage essentiel aux yeux des transporteurs par rapport à sa variante de base S45 de 45 places : une capacité pouvant atteindre 53 places. Certes, cette dernière n'est possible qu'avec des banquettes 2 places type scolaire. En général, un S53 affiche 49 places sur sièges individuels. C'est dire si le nôtre, en configuration 45 places choisie par son premier propriétaire, les Cars Boullet de Lalinde (Dordogne), est particulièrement confortable, offrant un généreux espace entre chaque rangée ! Tout en arrondi Si vous observez bien le S53 M Luxe que nous avons testé sur 113 km au départ de la gare de Rambouillet, celui-ci adopte des formes arrondies, notamment au niveau du pavillon... Le pare-brise s'étire de chaque côté et, si vous l'examinez bien, il est constitué de quatre parties. De même, la face avant, qui vient de subir une magnifique restauration chez un carrossier francilien, est légèrement bombée comme en partie inférieure... Les grilles de calandre s'ouvrent comme les portes d'un placard ! Ceci permet d'accéder au bouchon de remplissage du radiateur, au système de ventilation, à la tringlerie des essuie-glaces ou aux ampoules des phares à changer au besoin... Inutile de dire qu'ici, il n'y a pas d'électronique ! C'est à l'avant et à l'arrière que la marque Saviem (Société Anonyme de Véhicules Industriels et d'Equipements Mécaniques, filiale poids-lourds de la Régie Renault) est visible... sans aucune autre mention à l'intérieur ! Pour développer le S53 à partir du S45, le constructeur a simplement rallongé les deux porte-à-faux, l'empattement restant identique pour les deux véhicules (5,580 m). C'est ainsi que le porte-à-faux avant est passé de 2,495 m à 2,78 m et le porte-à-faux arrière de 2,55 m à 2,975 m. 71 cm séparent ainsi un S45 (long de 10,625 m) d'un S53 (11,335 m). Poste de conduite à hauteur des passagers Une fois la porte à 3 battants repliée, on accède au poste de conduite par deux marches plutôt hautes... l'accessibilité n'était pas vraiment à la mode à l'époque ! La visibilité est excellente vers l'avant et sur les côtés bien que le pare-brise ne soit en rien panoramique comparé aux productions modernes. Le conducteur est positionné au même niveau que les passagers, ce qui facilite grandement la convivialité avec ceux qui sont assis juste derrière lui, sur la première rangée... malgré l'affichage « Défense de parler au chauffeur » ! Le pare-brise est comme « assis » sur la planche de bord. Face au siège à suspension mécanique, un grand volant blanc à quatre branches, le tableau de bord composé d'un compte-tours et de l'indicateur de vitesse intégrant le chronotachygraphe papier. Au centre, un indicateur de pression d'huile, de batterie, d'allumage des phares, etc. qui sont d'une grande simplicité mais bien pratiques. En-dessous, divers boutons de commande et trois clefs... Les deux premières déverrouillent les portes avant et arrière, empêchant astucieusement de rouler portes condamnées, la troisième (avec le fameux porte-clefs Saviem d'origine) est celle du démarrage... On tourne cette clef, le moteur démarre ; on actionne la tirette située à gauche du levier de vitesses, il s'éteint... Desserrer le frein à main à crémaillère (en une fois) ou le serrer (en « pompant » plusieurs fois, comme les Shadocks) est un sport... agrémenté de cliquetis en cascade impressionnants ! Pour passer les vitesses, c'est encore une autre histoire. Appuyer sur la pédale d'embrayage nécessite de la dextérité, de la patience et une certaine force... Elle n'est pas des plus ergonomique. Le levier s'apparente à celui de la Citroën 2CV ou de la Renault 4. Sur le S53M, il faut un peu de temps pour engager l'un des 6 rapports : le levier coulisse sur un plan horizontal, les première, troisième et cinquième vitesses vers le pare-brise, les autres vers le conducteur y compris la marche arrière qui, nous avons pu le constater, ne semble pas la plus facile à passer ! Absence d'électronique mais également direction assistée à effet limité : impossible de manœuvrer à l'arrêt, si l'on veut bouger les roues, il faut avancer ou reculer légèrement. Nicolas Tellier a tout conservé afin que son autocar demeure « dans son jus » : carte routière Saviem plastifiée indiquant les points d'assistance dans tout le pays (où l'on peut voir que les autoroutes Paris-Caen et Paris-Bordeaux, entre autres, n'existaient pas !), notice d'entretien et de conduite, documentation technique du moteur Man, catalogue de pièces détachées. Au-dessus du poste de conduite, une superbe horloge visible des passagers et de chaque côté, des petits rangements fermant à clef. Apanage de la version Luxe, ce S53M est doté d'un autoradio, d'un lecteur de cassettes et d'un micro. Les gros cendriers chromés rappellent le temps où l'on pouvait fumer à bord. Les très beaux sièges Chardon Siesta refaits en tissu rouge Muguet d'époque avec têtières blanches permettent d'accueillir confortablement 45 personnes, qui peuvent utiliser les strapontins condamnés en position repliée comme accoudoirs. Au-dessus d'eux, les passagers bénéficient de porte-bagages en filets, plus « luxueux » que la version tôlée du S53 de base. Le pavillon arrondi, enjolivé par des baguettes, contraste avec les autocars ou les autobus adoptant un plafond plat. Deux rampes d'éclairage ont été aménagées tout le long. Moteur Man D 0846 HM 42U Entre Saviem et l'allemand Man, il y a également une histoire. Pourquoi pas un moteur français, me direz-vous ? Certes, il en existe un, le diesel Saviem Fulgur mais ses 150 ch sont bien faibles pour un autocar déjà considéré comme sous-motorisé. C'est avec le constructeur munichois que Saviem passe accord pour équiper ses camions, cars et bus, et c'est ainsi qu'est offerte la possibilité aux autocaristes d'opter pour un autre 6 cylindres horizontal qui apporte 20 ch supplémentaires, fort appréciables, le Man D 0846 HM 42U de 7,3 l développant 170 ch. 43 ans après sa sortie de l'usine d'Annonay, ce S53M nous a séduits par l'impression de robustesse qu'il dégage, son comportement routier rassurant et son haut niveau de confort, certes relatif par rapport à celui des autocars d'aujourd'hui. Pas étonnant qu'il ait été en son temps un véritable « best seller » (pour son constructeur) et un excellent « money maker » (pour son propriétaire). « C'est un car qui faisait le job tous les jours, vaillamment », entend-on dire dans la profession. Le modèle urbain S105 n'échappe pas au compliment. Qualifié de « roi de l'Afrique », il a équipé toutes les capitales africaines francophones telles qu'Abidjan, Dakar, Yaoundé, Douala, Nouakchott, Kinshasa, Brazzaville, Pointe-Noire, Conakry, Bangui, Libreville, etc. François GILBERT en collaboration avec Nicolas TELLIER Les voyageurs sont assis dans de confortables sièges Chardon de type Siesta avec têtieres. Ci-contre, Nicolas Tellier explique le fonctionnement du frein à main à cliquets. Ci-dessous, les différents cadrans du tableau de bord, dont à droite, celui qui indique le bon fonctionnement des témoins d'alerte... en appuyant tout simplement sur le cadran vitré central. Photos Gilbert SUR LA ROUTE Des charges bien réparties Avec sa monte simple sur essieu arrière et son moteur en position centrale, le S53M est d'une grande stabilité. Sur la D27 en direction de St-Arnoult-en-Yvelines, le moteur n'est pas trop bruyant, alors qu'il est en position centrale. Ce sont plutôt quelques craquements au niveau de l'essieu avant et de la suspension à lames qui se font entendre, malgré un graissage réalisé récemment. Bien calé dans notre siège Chardon, le S53M se révèle confortable, la visibilité vers l'extérieure très bonne... Mais elle serait excellente sur la version Excursion bénéficiant de voussoirs vitrés du pavillon ! Si le conducteur souhaite une ventilation additionnelle à la simple ouverture de sa glace latérale, il peut mettre en marche un ventilateur à trois pales en plastique situé à hauteur de son visage, dont le bruit aigu participe à l'ambiance sonore intérieure... Point d'aération individuelle ou d'air conditionné pour les passagers, il faut ouvrir les baies en partie supérieure (ouverture à deux positions) pour créer quelques courants d'air bienvenus par fortes chaleurs ! Sur la route nationale nous emmenant vers Chartres, le S53M file à bonne allure avec des pointes à 90 km/h mais la moindre pente oblige à souvent rétrograder. La direction est précise, le véhicule est stable dans les virages grâce à la position centrale de son moteur qui répartit bien les charges et permet une monte de pneumatiques simple sur l'essieu arrière. Revers de la médaille, les transporteurs situés en région montagneuse, qui souhaitaient davantage de motricité ou d'adhérence, préféraient des autocars concurrents à roues jumelées. Fiche technique Moteur Man D 0846 HM 42 U, 6 cylindres de 7,3 l de 170 ch. Horizontal, couché à droite dans l'empattement. Capacité en huile du carter 18 l. Boîte type 332, à 6 rapports + 1 arrière. Embrayage monodisque fonctionnant à sec. Suspension AV et AR, à flexibilité de type Aérostable à pression atmosphérique. A l'avant  : 2 coussins correcteurs, 2 ressorts à lames, 2 amortisseurs télescopiques à double effet soutenus par un cadre de torsion antirouli. A l'arrière : 2 coussins correcteurs, 2 ressorts à lames, 2 amortisseurs télescopiques hydrauliques à double effet soutenu par une barre stabilisatrice transversale avec leviers et biellettes. Pont AR type 339, à double multiplication, essieu à monte simple. Direction Gemmer à vis globique et galets, servo-direction hydraulique. Freins à commande pneumatique, frein à main + frein de parcage à cliquets à commande mécanique agissant sur les roues AR. Ralentisseur électrique type CA 135. Pneumatique Michelin 335 80 R 20. Réservoir gazole 230 l situé côté droit. Les grilles de la face avant s'ouvrent en 2 parties, ce qui permet d'accéder aux équipements de chauffage, ainsi qu'au radiateur. Les coffres, volumineux pour l'époque, sont accessibles par les côtés. S53M En bref • Ce Saviem S53M est sorti de l'usine d'Annonay le 28 novembre 1975 (bientôt 43 ans !). • Il a été livré par Bacqueyrisses à Bordeaux (concessionnaire Saviem pour le Sud-Ouest) aux Cars Boullet à Lalinde (Dordogne). Immatriculé 9382 QF 24 le 9/12/75, en 56 places (45 + 10 strapontins + conducteur). • Parmi ses équipements pour cette version Luxe (qui diffèrent avec la version Standard), on notera le grand pare-brise panoramique, des baguettes chromées de calandre et de bas de carrosserie, des enjoliveurs de roues avec dispositif de desserrage, un pare-soleil avant et latéral, des portes-bagages en filets (et non tôlés), une trappe vitrée à l'avant du pavillon. • Nicolas Tellier est devenu le second propriétaire en avril 2007. Véhicule acquis avec 359 020 km au compteur. Immatriculé 141 EBF 78 le 12/4/07 avec 46 places + 1 (strapontins bloqués en position accoudoir). Immatriculé DW-760-RJ le 20/10/15 comme véhicule de collection (non équipé de ceintures et d'éthylotest). • Consommation estimée à +/ - 18 l/100 km, 16 160 km parcourus par Nicolas à ce jour, 1 469 km/an en moyenne. • Maintenance et réparations assurées par Alain Gros à Nangis (77), Savac à Chevreuse (78) et Cars Perron à Pussay (91), ainsi que Gérard Gorlier, ancien de Saviem (entré en 1972) ayant une très grande connaissance des S45 et S53. La face arrière avec son grand coffre qui abrite aussi une échelle permettant de grimper sur la vaste galerie couvrant plus de la moitié du pavillon. Nicolas Tellier avec Gérard Gorlier, qui est entré au SAV cars Saviem en 1972... Merci à tous les deux pour cette prise en main mémorable. Photos Gilbert